Le mois des cerises fleuries nous conduit dans la rue qui nous rappelle le pays où Hanami est une tradition depuis des siècles. Nous marcherons aujourd’hui sur la Rue Tokyo. Il est vrai que nous n’aurons pas l’odeur des arbres de sakura qui commencent à remplir les parcs de la capitale japonaise, mais nous avons le privilège de découvrir une rue riche en maisons à l’architecture particulière.
Depuis le boulevard Iancu de Hunedoara, les rues de Londres et de Rome commencent en parallèle, formant une sorte d’escalier. La première marche est la Rue Tokyo, les autres étant représentées par Oslo, Berne et, un peu plus loin, par les rues Washington et La Haye. Nous avons marché sur chacune de ces rues. Pour le premier mois du printemps, nous devions encore visiter la rue Tokyo.
Nous nous isolons du bruit des grands boulevards
La rangée de maisons sur le côté avec des numéros pairs isole totalement la rue du monde aggloméré et bruyant du boulevard Iancu de Hunedoara ou de la circulation insistante sur la rue Roma. Dès que nous sommes arrivés sur la Rue Tokyo, il semble que nous ayons atteint un autre monde. On peut ressentir cette sensation dans toutes les rues de ce quartier mais, sur celles proches des grands boulevards, le sentiment de « rupture » du reste de la ville est beaucoup plus fort.

Nous nous concentrerons d’abord sur la partie avec les numéros pairs. Et ainsi, en direction de la rue Roma, au numéro 14, on découvre une magnifique villa, classée dans la catégorie des monuments historiques. La construction massive a un rez-de-chaussée et deux étages. La porte d’entrée comporte un arc gracieux d’origine méditerranéenne, et les fenêtres du premier niveau ont les arcs spécifiques à ce style. De plus, les chapiteaux des colonnes sont décorés de motifs végétaux.
Du balcon décoré classique, vous attendez que Rosina apparaisse, de l’opéra de Rossini « Le Barbier de Séville », pour écouter la déclaration d’amour du Comte Almaviva.

La villa adjacente, celle au numéro 12, est aussi un monument historique. Bien que sobre, la construction présente une combinaison d’éléments décoratifs méditerranéens – les cadres de la porte et les fenêtres du rez-de-chaussée – avec Art Déco – les fenêtres du premier étage – tandis que la clôture basse, combinaison de ferronnerie et de maçonnerie en dentelle, renforce la note exotique.
La rue Tokyo est pleine de bâtiments dans la catégorie des monuments historiques. C’est également le cas des villas des numéros 10 et 8, qui alternent entre Art Déco et les styles méditerranéens. Au numéro 8, la quincaillerie de dentelle orne la clôture et le balcon, et, avec le cadre ovale de l’entrée et avec les arcs des fenêtres, accentue la note mystérieuse du bâtiment.
Si du côté des numéros pairs on rencontre successivement les styles méditerranéen et moderniste – Art Déco, du côté de la rue avec des numéros impairs on retrouve alternativement les styles néo-roumain et méditerranéens.

La villa au numéro 3, monument historique, avec un rez-de-chaussée, un étage et un grenier élevés est construite dans un style néo-roumain clair avec des arches ouvertes et des décorations avec des motifs zoomorphes aux fenêtres, des insertions en bois sur la terrasse et une ceinture de brique apparente sous la corniche.
Au numéro 11, un autre bâtiment historique, le style du bâtiment est typique méditerranéen.
Entre ces maisons, presque collées les unes aux autres, les villas des autres numéros alternent et empruntent des éléments de ces styles: massives, sobres, aux balcons rectangulaires sans trop d’ornements.
Les petites cours sont délimitées par des clôtures basses et donnent l’impression d’un parc résidentiel avec de nombreux espaces communs. Cela donne lieu à un détachement de la vie quotidienne, un détachement spécifique au style architectural prédominant de cette rue (celui méditerranéen), une intimité qui devient complice même avec le passant occasionnel encouragé à admirer et à profiter de la paix du lieu.

Ces villas, construites dans la première moitié du XXe siècle, sont les représentantes d’une période de développement économique qui a également apporté à Bucarest un élan culturel et a permis l’émancipation de la population qui choisit comme destinations de voyage d’autres régions que celles de l’Europe occidentale. Les effets sont restés visibles surtout dans les constructions et l’architecture. Cela s’explique en partie par l’apparition du goût du public pour les bâtiments mystérieux et solaires similaires à ceux des terres espagnoles ou portugaises. À cela s’ajoute l’affinité d’architectes tels que Gheorghe Simotta ou George Damian, sur les planches desquels de vrais bijoux mauresques ont apparu dans la ville.


